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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 14:21

Christophe Honoré dans les petits papiers du Nouveau Roman, c'était tentant.

Escalader les monstres sacrés à la Colline, pourquoi se priver ?

On attendait de voir ce que cela pouvait donner.

 

Rien pour déflorer la surprise, neutres de toutes critiques déjà publiées, même celles de l'été dernier.

Nous étions curieux et impatients de voir ce spectacle vivant a priori excitant.

Nous en sommes ressortis essorés et énervés. Mieux aurait valu un docu sur Arte.

 

Non pas tant à cause de ces tentatives de remplir le vide à coup de provocations qui n'en ont que le nom.

En vrac et de façon non exhaustive : un autodafé pour faire table rase, une mise à nu filmée mais cachée, une soupe de poireaux faite minute, les interviews people télévisées, la parole donnée en direct à l'assemblée ou encore les passages chantés et même dansés mal chorégraphiés sous l'autorité d'une boule à facettes sans beaucoup de reflets.

 

A vrai dire, ce dispositif aussi dense que superflu a eu le mérite de feindre, les premières minutes tout du moins, une mise en scène qui ne s'est jamais révélée.

Aucune grammaire définie, aucun vocabulaire sciemment choisi pour incarner les auteurs de l'avant-garde.

Face à cet espace vidé de sens, où déambulent des corps sans direction, qui pour toute occupation fument et boivent sans qu'on s'en aperçoive, on se dit que c'est peut-être volontaire, qu'Honoré a souhaité transposer les codes du genre analysé et par la même s'affranchir des règles d'un théâtre classique que l'on pourrait penser dépassées.

 

Cela pourrait tenir la route et même, ce serait une proposition intéressante à étudier. Alors nous refaisons l'histoire, nous énumérons à nouveau les chapitres qui se sont succédés pendant une éternité (pas loin de trois heures). Nous confrontons les perceptions et autres interprétations pour en arriver à cette conclusion : il n'y a rien à sauver. Objectif raté que celui d'exhumer celles et ceux, ces nouveaux romanciers, qui n'en avaient que faire des personnages intriguant, pour les réduire à ce statut exactement. Et de nous rappeler combien ils étaient égocentriques et mesquins, jaloux et avares de reconnaissance ; des femmes et des hommes en somme, en vain.

 

Quelle surprise que d'apprendre qu'il y a eu entre eux, jeu de dupes et autres coucheries, bassesses et maladresses, que leur talent n'a pu sauver la part honteuse et orgueilleuse, propre à chacune et chacun d'entre nous. En clair, qu'ils n'étaient pas au-dessus des autres. A quel titre, auraient-ils fait exception ?

 

Cela nous rassure-t-il de savoir cela à l'énumération des rues qui portent leurs noms, comme un signe de leur célébrité post-mortem ?

Se rappeler qu'ils n'en menaient pas large dans leur vie sentimentale et personnelle devrait-il nous rassurer sur nos capacités à atteindre l'immortalité tant convoitée, ou encore nous motiver à nous confondre dans la vulgarité ou à nous raconter comme Honoré par son frère adoré en guise d'introduction du sujet pour nous sauver de notre condition ?

A quoi rime cette ère du soupçon instaurée quand l'idée de ces auteurs était au contraire de dépasser les traits psychologiques du personnage ?

Le "faire vrai" ne vaut donc et exclusivement que dans un ramassis des pires aspects de la nature humaine ?

Leur travail sur l'écriture, l'essence même de leur activité est ici résumé par un portrait caricatural de l'individu derrière sa machine à écrire, à raturer, déchirer du papier sans manquer de se masturber.

La stricte vérité.

 

Tout ce travail pour ne pas s'affranchir des clichés et finir de nous achever.

Le coup de grâce est porté par Charles Dantzig, invité, qui comme un cheveu sur le velouté et par écran interposé, donc protégé, déclare que "la France n'aime pas les artistes" ; sur la scène d'un théâtre subventionné, puissions lui remémorer.

 

Quelle soirée.

Rien de vain pourtant. 

N'ayant réussi à nous convaincre par sa proposition, Honoré nous offre néanmoins dans les grandes lignes et sur un plateau, les Editions de Minuit à dévorer en vrai, sans intermédiaire surestimé.

Le texte et nous, en toute liberté.

En toute subjectivité.

 

new2-1166.JPG

 

 

Nouveau Roman, de Christophe Honoré

La Colline, théâtre national.

Du 15 novembre au 9 décembre 2012.

 

 

 

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  • : Vodka Lemoni
  • : Pas de justification. Pas de démonstration. Que des tripes avec du style et quelque élégance. Eviter de tomber dans le piège de l'egotrip "Miroir mon beau miroir". Sortir de l'éternelle fatalité "Vous êtes de ceux qui mettent leur orgueil dans ce qu'ils ne font pas" hein Simone. Et pour rendre à Patrick ce qui est à Patrick : "Il vaut mieux vivre avec des remords qu'avec des regrets" So, que la fête commence !
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