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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 18:27

Un après-midi au musée d'Orsay.

"Tout est à revoir". Et il ne faut pas tarder, l’exposition « L'impressionnisme et la mode » touche à sa fin.
On se bouscule à l’entrée comme un premier jour de soldes dans les Grands Magasins. Pas de pitié de la part des jeunes retraitées parisiennes, tirées à quatre épingles, emmitouflées  dans leur vison, face à la cohorte de touristes qui s'est donnée le mot pour visiter un monument de la capitale de la mode, à quelques jours du début des réjouissances de la Fashion Week.

Au programme, sans surprise, de jolies robes d'époque et des tableaux assortis. 

Pour présenter l'affaire, trop peu de bonnes idées de scénographie (muséographie) à retenir ; Imaginez le gratin de l’époque dont les fantômes sont rassemblés ici pour l’occasion, admirant grandeur nature Madame Louis Joachim Godibert en peinture. Assis sur des chaises en velours rouge dans un intérieur feutré, se battent-ils pour être vus au premier rang ? Autant de socialites et de it-girls vintage qui n’envieraient rien à Garance, Anna et les copines d'aujourd'hui.

On s'amuse du son des oiseaux, de la pelouse en synthétique et des bancs pour rêvasser dans la dernière salle mais à la sortie, on reste sur sa faim.

Si les toiles des grands maîtres sont au rendez-vous et les robes et accessoires de belle facture, on s'interroge néanmoins sur la dimension sociologique de cette expérience et le prisme choisi pour organiser la promenade.

En file indienne pas toujours très disciplinée, confiné dans des espaces victimes de leur succès, le public ne sait que faire de l'étalage des catalogues de l’époque, de la présentation de quelques tenues conservées et de l'accrochage des tableaux magistraux.

Pour parer au manque de sens, quelques citations au mur du genre "La mode est la recherche toujours vaine, souvent ridicule, parfois dangereuse, d'une beauté supérieure idéale." (Maxime du Camp).

Karl Lagerfeld aurait été plus piquant.

On déambule dans un dédale d'oeuvres imposantes, incontournables qui font l'histoire de l'art mais exposées sans vision critique dans ce cadre. 

En effet, jamais n'est questionné clairement le rôle joué par l'habit en société, jamais n'est soulevée la question de la représentation (ou plutôt l'absence) d'autres classes que celles de la bourgeoisie et de l'aristocratie. Doit-on en déduire que ces hommes et ces femmes vivaient nus ou qu'ils n'intéressaient pas les peintres du sérail ? Jamais encore, on s'interpelle sur la silhouette de ces dames dont la taille était si marquée, si serrée, qu'on se demande comment elles faisaient pour ne pas suffoquer. Pourquoi le corps des femmes reste-t-il, en pleine révolution industrielle, cerclé, engoncé, modelé à l'aide d'accessoires qu'aujourd'hui on qualifierait d'instruments de torture ? Est-ce là, une marque de la domination masculine qui s'exprime dans la maîtrise des codes de la séduction ? Cette mode a t-elle un rapport avec la perte de panache du vestiaire masculin, qui préfère alors miser sur la sobriété ? D'ailleurs, la mode était-elle, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, la même pour toutes ? Existait-il des tendances variées, des styles concurrents affichés par les early adopters d'alors ? Et qui dictait les évolutions, les nouveautés pour la nouvelle saison ? Quid des Vogue, Vanity Fair et autre Officiel ?

Au sortir de ce défilé de peintres, doit-on en conclure que la mode n'est qu'une imagerie fantasmée constituée de quelques vêtements d'apparat empruntés pour le cliché, comme beaucoup de papier glacé nous le vend aujourd'hui encore, et ce à des fins purement mercantiles ?

Aucun indice pour le dire.

Si les impressionnistes ont su saisir leur quotidien, leur monde environnant et nous rapporter un témoignage unique, une photographie fidèle et en couleurs de ce qu'était la mode à l'époque, ils n'ont pas manqué, à mon sens, et avec un oeil aiguisé de nous rappeler aussi, combien cette mode était et reste un jeu social avec des règles toujours à réinventer.

Qui mieux que James Tissot pour le prouver, lui qui avait constitué une garde-robe féminine dans laquelle ses modèles venaient piocher et révéler (autant que cacher) ainsi une part de leur personnalité, en portant différemment les mêmes toilettes, à l'instar d'un costume de théâtre.

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James Tissot, Portrait, 1876

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James Tissot, The Gallery of HMS Calcutta (Portsmouth), 1876

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James Tissot, Seaside, 1878

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Cha

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  • : Vodka Lemoni
  • : Pas de justification. Pas de démonstration. Que des tripes avec du style et quelque élégance. Eviter de tomber dans le piège de l'egotrip "Miroir mon beau miroir". Sortir de l'éternelle fatalité "Vous êtes de ceux qui mettent leur orgueil dans ce qu'ils ne font pas" hein Simone. Et pour rendre à Patrick ce qui est à Patrick : "Il vaut mieux vivre avec des remords qu'avec des regrets" So, que la fête commence !
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