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2 mars 2015 1 02 /03 /mars /2015 16:35

Au premier jour de la Fashion Week de Paris qui ne manquera pas, j'en suis certaine de nous présenter des modèles de femmes toujours plus indépendantes et conquérantes mais aussi amoureuses et joueuses (la mode est un éternel recommencement) - et maigres et prépubères - et à quelques heures de l'indépassable 8 mars qui met en lumière annuellement combien le genre structure encore (trop) nos sociétés à l'avantage des uns, je vous propose deux expositions en un Jeu de Paume, qui fait la part belle à deux photographes : Florence Henri et Taryn Simon.

Leur travail respectif à quatre-vingt ans d'intervalle pose la question de la photographie comme construction du réel, rebattant les cartes de la vérité version papier glacé.

Au-delà de leur pratique inspirante de l'image, ce qui est à souligner ici, c'est la non revendication d'être une femme en tant que tel ou comme point d'entrée et grille de lecture de leur expression pour ces artistes aux patronymes masculins. Si Nikki de Saint Phalle faisait de son identité un sujet central quasi indépassable de son oeuvre, Florence Henri et Taryn Simon ne font pas cas de ce détail. Elles sont des photographes sans sexe. Aussi, elles proposent un point de vue qui dépasse la condition à partir de laquelle beaucoup expliquerait, interpréterait leur travail. Elles prouvent ainsi - et sans même le vouloir certainement - qu'on peut naître femme et/ou le devenir mais que ce trait (de caractère) peut ne pas être une dimension structurante, impliquante de leur oeuvre. Réjouissant.

Pourquoi alors en sortant enchantée du Jardin des Tuileries, moi auto-proclamée féministe, cherchant des exemples de cette libéralisation dans les moindres détails, je les ramène à leur condition de femme. Pourquoi la première chose que je note à leur propos, c'est qu'elles font partie - malgré elles - de ce que l'on considère encore une minorité ? A l'inverse, m'arrive-t-il de souligner que les protagonistes sont des hommes en visitant la rétrospective de Pierre Huygue au Centre Pompidou, en regardant le dernier Christopher Nolan, en écoutant Nicolas Jaar.

Non.

Pourquoi donc ce besoin de réduire les femmes qui me transportent, à leur sexe quand je reprends celles et ceux qui se permettent des remarques de genre ? Quand arriverai-je à m'émanciper véritablement de ce schéma ? Est-ce par besoin d'identification, de me dire que c'est possible en tant que alors que je ne souffre pas de cette (discrimination) distinction ?

Les oeuvres respectives de ces deux photographes n'ont pas plus ou moins de valeurs parce que leurs auteures font pipi assises. Leur force tient aussi dans cette capacité à ne pas "jouer" de cette dimension et d'être sur un plan parfaitement paritaire, sans en faire cas et de se consacrer, se concentrer sur leur pratique pour proposer une nouvelle vision, du moins une interprétation du monde libéré de cette opposition stérile.

Et rien que pour ça, chapeau bas.

N'attendez pas, courrez-y en talons aiguille ou ballerines, c'est un immanquable et c'est jusqu'au 17 mai.

Florence Henri - portrait

Florence Henri - portrait

Taryn Simon - pistols

Taryn Simon - pistols

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  • : Vodka Lemoni
  • : Pas de justification. Pas de démonstration. Que des tripes avec du style et quelque élégance. Eviter de tomber dans le piège de l'egotrip "Miroir mon beau miroir". Sortir de l'éternelle fatalité "Vous êtes de ceux qui mettent leur orgueil dans ce qu'ils ne font pas" hein Simone. Et pour rendre à Patrick ce qui est à Patrick : "Il vaut mieux vivre avec des remords qu'avec des regrets" So, que la fête commence !
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